• Rencontre avec Magali Jacobs, diététicienne -

    La diététique est un domaine qui tient une place importante dans le traitement de nombreuses pathologies chroniques. C’est aussi une discipline en constante évolution. Initialement basée sur des régimes très stricts, elle tient davantage compte des habitudes et souhaits du patient. Quand on aborde la question des comportements alimentaires, quel est le rôle du diététicien ? Quelle démarche a-t-il ? Comment construit-il la prise en charge et quelles collaborations développe-t-il avec les autres intervenants ?

     

    Souvent la diététique est associée à une restriction alimentaire. Est-ce toujours le cas ? L’approche comportementaliste ouvre-t-elle  d’autres pistes ?

    Il est vrai que le diététicien, surtout en consultation privée, voit principalement des patients qui souhaitent perdre du poids. Mais la diététique est un domaine bien plus large : lutte contre la dénutrition, intolérances alimentaires et allergies, pathologies digestives, insuffisance rénale, diabète, anorexie, etc.  La question de la perte de poids est donc abordée avec une partie des patients, mais pour d’autres, c’est tout le contraire.
    L’approche comportementaliste est une méthode parmi d’autres qui va permettre de mettre en place un changement de comportement. Elle sert à mettre en relation le moment de la prise alimentaire et une émotion ou un comportement particulier. Ce qui permet ensuite de travailler cette prise alimentaire plus spécifiquement.

     

    Comment un diététicien peut-il aider le patient à modifier ses comportements alimentaires?

    Tout diététicien modifie les comportements à court ou moyen terme. Mais évidemment, dans la plupart des cas (pour la gestion du poids notamment),c’est un changement de comportement alimentaire sur du long terme qui va être important. Le diététicien doit alors entre autres repérer les comportements qui sont présents pour combler un manque, liés à de l’ennui ou de l’anxiété, reconnaître les prises alimentaires telles que les grignotages compulsifs, bref tout ce qui semble associé à une émotion et qui peut entraver la gestion du poids à long terme.
    Ce n’est pas évident, et certains diététiciens peuvent se trouver démunis pour faire face à ce genre de comportements et la prise en charge qui en découle. A la base, le diététicien a une connaissance très poussée des aliments et de leur composition, mais sa formation est peu approfondie au niveau des émotions. D’où l’importance et la nécessité parfois de travailler en équipe multidisciplinaire.

     

    Quelle posture du diététicien favorise les résultats ?

    Les postures que tout diététicien devrait favoriser sont la bienveillance, l’écoute et l’ouverture. Pour le reste, cela va dépendre du patient, de la pathologie et du prestataire.
    Du patient d’abord, puisque certaines personnalités vont être demandeuses d’un plan alimentaire strict, avec des balises relativement sévères. Au contraire, d’autres patients vont se braquer si on leur dit exactement ce qu’ils doivent manger et en quelles quantités, il leur faudra de la souplesse dans le suivi et les conseils. Idéalement, c’est au patient de définir lui-même les objectifs. Cela doit faire partie d’une discussion avec le professionnel de la santé.
    Quant à la pathologie, elle va d’elle-même jouer : une insuffisance rénale va nécessiter une alimentation plus sévère, alors que pour un diabète de type 2, la marge de manœuvre est plus grande.
    Enfin, chaque diététicien va avoir sa manière de pratiquer. Certains sont plus stricts et basent leur pratique sur des plans alimentaires, d’autres travaillent beaucoup plus en négociation avec le patient. Finalement, c’est le bouche-à-oreille qui va entrer en jeu. Chaque patient devrait pouvoir trouver un diététicien dont la pratique lui convient, tant au niveau de la pathologie concernée que par rapport à sa personnalité.

     

    A quel point la participation/l’implication du patient est-elle importante ?

    La participation du patient est évidemment très importante. Quand on propose un cadre trop strict, on assiste le patient ; ce qu’il met en place, ce n’est pas par ni pour lui-même. Dans la gestion du poids, c’est important que le patient prenne une certaine place dans la prise en charge. Mais pour qu’il puisse prendre sa place, il faut la lui donner. Sa motivation sera plus forte si le changement et l’objectif viennent de lui. Même s’il faut bien entendu négocier pour trouver un équilibre avec les impératifs médicaux.
    Par contre, quand on se trouve face à une allergie alimentaire, le patient ressent les conséquences sur sa santé à très court terme. Les objectifs qui seront fixés, même s’ils sont externes, non négociés et stricts, vont être ressentis comme nécessaires, voire indispensables. Dans ce cas-là, il n’y a bien souvent pas d’autre possibilité que de supprimer certains aliments, et donc avoir un cadre beaucoup plus strict.

     

    Comment les autres prestataires de soins du réseau du patient peuvent soutenir cette démarche de changement ?

    Il y a principalement le médecin traitant, même si bien sûr d’autres professionnels de la santé peuvent intervenir. Le principal est d’éviter les contre-messages. C’est un long travail pour le diététicien de cerner le problème, de négocier des objectifs, d’accompagner sur du long terme, etc. Si le médecin ne le comprend pas et donne un message contradictoire, le patient est perdu et déstabilisé. C’est bien plus facile lorsqu’on se connaît, car on sait comment l’autre fonctionne, quelle est sa démarche, et on peut aller dans le même sens. C’est ce qui se passe en général dans un réseau de proximité entre professionnels de la santé.

     

    Nous tenons à remercier chaleureusement Magali Jacobs, diététicienne et psychologue, enseignante et coordinatrice de la Cellule de Recherche et d'Expertise Diététique à l’Institut Paul Lambin.

     

    http://www.rmlb.be/news/rencontre-avec-magali-jacobs-dieteticienne?utm_medium=email&utm_campaign=Les+Informations+du+RML-B+%7C+n%C2%B08&utm_source=YMLP&utm_term=lire+la+suite

     

    « La Production mondiale de saumon fuméPISCINE : UN EFFRAYANT NID À MICROBES ? »
    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks

    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :