«Dans ma famille, cela n’a pas étonné grand monde, sourit Raphaël Dupriez, l’un des deux responsables de Little Food. Tout le monde savait que j’avais toujours été un peu fou et que ce genre de trucs originaux me plaisaient. Pour Maïtié, mon associé, cela a parfois été un peu plus compliqué. Par contre quand nous rencontrons quelqu’un et que nous nous présentons comme éleveur de grillon, cela fait toujours un petit effet. Au départ, il arrive régulièrement que les gens ne me croient pas pendant les quinze premières secondes, mais quand ils voient que je suis sérieux, ils changent rapidement d’avis. »

Actuellement installé à Saint-Gilles, le projet Little Food a démarré il y a deux ans déjà. «On s’est impliqué de plus en plus dans le projet, reprend Raphaël Dupriez. Pour l’instant, on ne commercialise que des dégustations, des animations et du team building pour des sociétés. »

On ne se lance pas comme ça dans l’élevage de grillons. «On arrive dans un secteur où tout reste à défricher, tout reste à faire, glisse le responsable. On ne partait toutefois pas de rien. Maïté est de culture multiple et est issue d’une famille de restaurateur, personnellement, j’ai toujours été un peu foufou. Un jour ma maman a dû me punir parce qu’elle a retrouvé une boîte de cloportes dans mon lit. Cela ne lui a pas vraiment plu (rires). On s’est tous les deux rencontrés pendant nos études de bio ingénieur. Finalement on est tombé dans un sujet qui nous intéressait, mais également dans la mode et parce que ce n’est pas évident pour des jeunes de trouver du travail. On s’est fait attraper par le projet et on espère désormais que cela va fonctionner. C'est certain que manger des insectes est actuellement un effet de mode, mais ça été la même chose avec le fromage par exemple, il y a 300 ans, on n'en trouvait pas dans nos assiettes. »

Les deux compères ont toutefois dû se familiariser avec la pratique. «Par nos études, nous avions étudié les insectes et l’élevage, précisent-ils. Au départ, nous avons fait des erreurs, mais désormais nous sommes prêts à passer à une grande échelle. Ce n’est toutefois pas évident de se renseigner sur le sujet. Il existe des gens en Europe qui pensent qu’ils vont devenir milliardaires grâce aux insectes, donc ils ne collaborent pas de trop, refusent deparler de comment ils travaillent. Personnellement, ce n’est pas notre idée, nous pensons même commercialiser des petits kits d’élevage pour les particuliers.»

Mais finalement pourquoi avoir opté pour le grillon? «C’est surtout grâce à Maïté que nous avons fait ce choix, précise l’éleveur. Je pense que c’est une bonne idée parce qu’à regarder l’état actuel du marché, beaucoup de gens produisent du vers de farine, parce que cela produit plus et c’est plus facile à élever. Personnellement, nous croyons au grillon pour son goût et ses produits nutritionnels qui sont différents. Son justement goût? C’est difficile à dire. Comme je dis souvent aux gens, comment décririez-vous le goût d’une banane à quelqu’un qui n’en a jamais mangé? Selon moi, cela reste proche de la cacahuète, mais aussi du champignon. La toute première fois, ce n’est pas évident de dépasser l’aspect, après soit les gens disent que c’est pas mal, soit ils trouvent cela excellent. Cela se prépare de pleins de façons différentes. Entier, c’est très très bon, mais on peut le travailler dans différentes recettes, du sucré du salé, dans des snacks, avec de la viande, dans de la tapenade. On peut partir dans tous les sens. »

www.littlefood.org

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